[Table-ronde] Cultures en temps de conflits en Syrie : entre destructions et résistance

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[Table-ronde] Cultures en temps de conflits en Syrie : entre destructions et résistances

Le thème des destructions patrimoniales et culturelles en temps de conflits et de guerre s’inscrit autant dans une actualité récente, celles des destructions du patrimoine perpétrées par les groupes islamistes depuis une vingtaine d’années (Afghanistan, Irak, Syrie, Mali) que dans un temps long, celui des instrumentalisations politiques et idéologiques de la culture et du patrimoine. Si le patrimoine et la culture ont de tout temps et partout été pris à parti par ou dans les guerres, les conflits qui touchent à présent la région arabo-musulmane révèlent un phénomène nouveau, traduisant lui-même un rapport spécifique de nos sociétés post-modernes au patrimoine et à la culture. On parle ainsi de prolifération, d’engouement, voire d’abus patrimonial, ou encore de mondialisation et de marchandisation de la culture. Dans ce contexte, interroger les relations entre patrimoine et guerre, et plus largement entre culture et conflits, implique donc de revenir sur les objets même dont il est question ici, mais aussi sur les manières dont les conflits mettent en jeu le patrimoine et les cultures, qui peuvent être tantôt les éléments déclencheurs, les cibles et/ou les enjeux d’un conflit. Il ne faut pas non plus oublier que les conflits sont eux-mêmes générateurs de patrimoine et peuvent stimuler la création artistique, puisque c’est dans ces contextes que naissent bien souvent les initiatives pour protéger des biens culturels et maintenir la production artistique.  La culture semble ainsi partagée entre deux pôles et soumise à deux mouvements antagonistes : un processus de valorisation des biens culturels correspondant à l’idéologie dominante des groupes en présence (la/les culture /s ser/ven/t le/la politique), et un processus de fragilisation, destruction, voire annihilation des biens et productions culturelles de « l’ennemi » (le/la politique détruit la/les culture/s). Ainsi se pose autant la question de la survie, de la résistance et de la recomposition des cultures face aux politiques de destruction, que la question du conflit entre les cultures des belligérants.

L’objectif de cette journée d’étude et de débats est donc d’offrir un aperçu des relations complexes entre patrimoine, culture et conflits. Il conviendra de se pencher sur les politiques, tant publiques que privées, qui visent à supprimer des marqueurs culturels (passés et présents) ou au contraire à les protéger contre la destruction. Il s’agira aussi de s’interroger sur les discours sous-jacents dans la mesure où les destructions, résistances et recompositions qui se tissent dans ces contextes sont autant de témoignages des représentations politique et sociale de la culture et du patrimoine. Le choix de croiser les regards sur la situation syrienne s’explique par une actualité largement médiatisée, qui suscite la réaction de tous et à différentes échelles: chercheurs, institutions internationales, professionnels de la culture et du patrimoine, artistes prennent part au débat et à l’action militante. La syrie, à l’instar des États du Moyen Orient et d’Afrique du Nord, nés de la décolonisation dans la seconde moitié du XXème siècle, présente en effet un terrain d’étude intéressant à plusieurs titres. L’histoire mouvementée de cet État jeune permet de considérer, sur le temps long, les multiples manières dont culture et patrimoine ont été instrumentalisés, autant par les acteurs locaux (le régime dominant comme les acteurs de l’opposition) que par les acteurs étrangers. Les politiques culturelles ont ainsi été profondément marquées par l’empreinte du régime mandataire, puis de régimes autoritaires successifs, en particulier le régime alaouite au pouvoir depuis 1971), dans une société elle-même multiculturelle. La Syrie reflète également des tendances partagées par les autres États de la région. Les conflits qui ont fait ou font rage dans la région, selon des temporalités et territorialités variées (Liban Irak, Afghanistan, Israël/Palestine, Syrie), et plus récemment les printemps arabes, ont modelé des conceptions patrimoniales et des expressions artistiques particulières, témoignant de la nature profondément dynamique et résiliente des cultures en conflits.

En définitive, cette journée visera à favoriser le dialogue entre les acteurs de la culture, les professionnels et les chercheurs de manière à saisir toute la complexité des rapports qui se tissent entre le politique, le social et le culturel, dans la lignée des précédentes journées Diderot.

La journée alternera des présentations par des chercheurs confirmés, des interludes où des poèmes seront chantés, en écho aux thématiques abordées, et des tables rondes.

 

PROGRAMME
Accueil dès 9h00

CONFÉRENCE INTRODUCTIVE
9h30 – 11h00

Regards interdisciplinaires et croisés sur le patrimoine et la culture en conflits en Syrie : destructions/résistances/recompositions

  • Présidence : Catherine Coquio (professeur de littérature comparée, membre du CERILAC, Université Paris 7)
  • Annie Sartre (historienne et archéologue, Professeur émérite à l’Université d’Artois)
  • Nabil Beyhum (sociologue, enseignant-chercheur à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture Paris Val-de-Seine)
  • Hala Kodmani (journaliste à Libération)

11h00 – Interlude artistique : Poésie syrienne chantée : « La Syrie »


DÉGRADATIONS, DESTRUCTIONS, DISPARITIONS
Première table ronde de 11h15 à 13h00

Les intervenants aborderont diverses questions à partir de leur propre expérience et/ou travaux de recherche. Il s’agira d’interroger les raisons de la destruction ciblée de la culture et du patrimoine, et la question des responsabilités (régime dominant, oppositions, groupes islamistes, acteurs étrangers), de manière à souligner la complexité des enjeux et les multiples formes que prend la relation entre culture et conflit : conflits interculturels, cultures conflictuelles, cultures au cœur des conflits sont autant de facettes d’une telle relation. Il s’agira donc de poser un regard interdisciplinaire et de croiser les points de vue internes et externes.

  • Présidence : Laurence Gillot (maître de conférences, Université Paris 7)
  • Sophie Cluzan (archéologue et historienne spécialiste du Proche-Orient)
  • Manar Hammad (architecte, sémioticien et archéologue)
  • Cécile Hennion (journaliste au Monde)
  • Ziad Majed (politologue et essayiste, professeur à l’Université américaine de Paris)

 

PAUSE MÉRIDIENNE
13h – 14h15

14h15 – Interlude artistique : Poésie Syrienne chantée : « Destruction »

 

RENCONTRE AVEC LES ARTISTES
Seconde table ronde de 14h30 à 15h30

La table ronde, organisée par les étudiants du master en Politiques culturelles, mettra en présence les artistes qui se produisent au cours des trois interludes de poésie chantée. Il s’agira de croiser les témoignages et parcours de ces artistes partagés entre deux identités, celle d’artiste d’une part, celle de citoyen syrien de l’autre. Comment s’articulent ces deux identités et quel impact le conflit a-t-il sur leurs propres pratiques et productions artistiques?

  • Présidence : Madeleine Lungu et Clara Lange (étudiants du master 2 « Politiques culturelles », Université Paris 7)

 

RÉSISTANCES, MUTATIONS, RECONSTRUCTIONS
Troisième table ronde de 15h30 à 17h20

Cette table ronde portera sur les réactions du monde politique face aux destructions et celles du monde social, sous deux angles, celui de l’action collective des associations et celui de l’action individuelle. La résistance est ici tout autant perçue comme un acte politique et un acte culturel. Il s’agira donc d’interroger les intervenants sur les manières dont la (les) culture(s) s’adapte(n)t pour survivre. Comment envisager la protection du patrimoine et penser sa reconstruction lorsqu’il n’en reste plus de trace matérielle (si ce n’est celle de sa destruction) ou que la société qui en est l’héritière a été profondément déstructurée? Les conflits génèrent-ils des cultures nouvelles et de nouveaux patrimoines ? La table ronde visera ainsi à penser aux recompositions sociales et culturelles qui se tissent dans le cadre des conflits.

  • Présidence : Laurent Fleury (professeur de sociologie, Université Paris 7)
  • Hala Allabdalla (réalisatrice, productrice et formatrice)
  • Nada al-Hassan (chef de l’Unité États arabes au sein du département Patrimoine Mondial à l’UNESCO)
  • Elisabeth Longuenesse (sociologue, chercheure associée à l’Institut Français du Proche-Orient)
  • Rania Samara (chercheure associée en littérature et langue arabe à l’IISMM/EHESS de Paris)

17h20 – Interlude artistique : Poésie Syrienne chantée : « Espoir »