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Disparition de Jean-Claude NYOUNG

publié le 2 juil. 2015 à 02:41 par Fédération Française Pour l'UNESCO

C'est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris la disparition de Jean-Claude NYOUNG. Une veillée est organisée samedi 4 juillet 2015, de 19h30 à 23h00 au 98, rue Michel Ange, 31000 TOULOUSE.

Yves Lopez a souhaité lui rendre un hommage particulier, à lire ci-dessous :

Notre Frère  Jean-Claude

 

Notre Frère Jean-Claude vient de nous quitter.

Frère, c’est ainsi  que l’on nomme en Afrique celui auquel on porte amitié et affection, tant l’Afrique a compris, bien avant que nos révolutionnaires ne l’inscrivent aux frontons des mairies, combien est importante la fraternité à l’heure où l’on se veut tout simplement humain.

La voix de notre Frère Jean-Claude, ses attitudes, vont terriblement manquer dans le paysage toulousain, celui de nos associations et  clubs UNESCO, mais bien au-delà. Elles vont terriblement manquer au sein de notre Fédération où sa sagesse lui avait gagné une unanime affection.

L’absence de cette voix, de cette silhouette tranquille coiffée d’un indispensable et reconnaissable chapeau, va être lourde à porter. Chaque être est assurément irremplaçable dans son unicité et si les faiseurs de mort étaient, avaient été, pour un instant sensibles à la parole de Jean-Claude, peut-être auraient-ils compris quelque peu l’évidence du caractère si précieux de la vie.

Cette parole de Jean-Claude était, je l’ai dit, toute de sagesse, de cette belle sagesse africaine qu’il avait ramené dans sa mémoire et dans son cœur pour en enrichir le terreau occitan. Car Jean-Claude était bien cela, une synthèse, belle et harmonieuse de France et de Cameroun, de tradition occitane et de tradition africaine. Il disposait d’une inépuisable connaissance intime de tous les proverbes et dictons de sa terre d’origine ; il en rythmait chacun de ses propos ; il en enrichissait dialogues et échanges.

Toujours, on était étonné de la justesse et de la pertinence de cette ponctuation venue du plus loin de la sagesse populaire africaine.

Toujours, ces évocations avaient le même sens. Insuffler l’esprit du partage avec le souci scrupuleux de ne jamais blesser l’autre mais, au contraire, en témoignant sans cesse du profond respect et de l’attention qu’il portait à chacun.

Que l’on ne s’y trompe pas cependant. Aucune tiédeur, aucune fadeur dans les convictions de notre Frère. C’est avec force et fermeté qu’il affirmait sans cesse les valeurs et idéaux qui guidaient sa vie et ses engagements, entièrement fondés sur la foi qu’il avait en l’être humain, en sa capacité à devenir meilleur, à la condition que chacun accompagne chacun dans ses progrès vers cette plus grande humanité. C’est à cet accompagnement que Jean-Claude a consacré sa vie, avec toujours la même force, la même sérénité.

Quand un être cher s’en va, les regrets sont toujours les mêmes. C’est alors que l’on se reproche d’avoir été trop pressé, de n’avoir pas pris le temps de s’asseoir un instant sous l’arbre à palabres, de quelque cycle végétal qu’il soit, simplement pour écouter et s’enrichir de la parole de l’autre, s’abreuver aux sources de son expérience et de sa pensée. J’ai aujourd’hui ce regret en pensant à Jean-Claude, persuadé qu’il lui restait tant à nous dire, tant à nous raconter, tant de sagesse encore à nous transmettre.

D’aucuns, enfermés qu’ils sont dans leur méchante stupidité, agitent aujourd’hui le spectre brun de l’opposition des hommes dans la diversité de leurs cultures et de leurs spiritualités. On voit bien que leur chemin, jamais, n’a croisé celui de Jean-Claude. Peut-être alors, au prix d’une attention et d’une écoute dont ils ne sont guère capables, auraient-ils vu en cet Homme, fait d’ailleurs et d’ici, la belle synthèse à laquelle leur égoïsme et leur pauvreté d’âme, les empêche de croire ou de rêver.

Cette Afrique, Jean-Claude, à laquelle tu restais si fidèlement attaché, toi le toulousain, cette Afrique nous a appris que les êtres chers, ceux que l’on a aimé et respecté lorsqu’ils étaient à portée de main et de regard, ces êtres chers ne nous quittent réellement jamais. Ils s’éloignent tout juste un peu et s’installent dans une présence discrète, depuis laquelle on peut les entendre et vers laquelle peuvent être adressées nos joies comme nos peines, nos certitudes comme nos doutes.

Il en sera ainsi dans le village fédéral. Dans les forêts autour de nos cases, tu rejoins aujourd’hui Colette et Raoul, Louis François bien sûr, et ta voix comme la leur fera écho dans nos consciences afin que nous puissions poursuivre ce chemin au bout duquel l’Homme pourrait naître enfin. L’Homme que tu appelais de tes engagements.

Ne t’éloignes pas trop et que ta voix soit claire. Elle nous fera besoin.

Mon Frère Jean-Claude, je t’embrasse.        

Yves LOPEZ

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